Albert Camus


( 1913 – 1960 )
écrivain français, philosophe, romancier, dramaturge, journaliste, essayiste et nouvelliste français. Il est aussi journaliste militant engagé dans la Résistance française.

Albert Camus, homme du soleil, fou de méditerranée

Albert Camus, 17/10/1957
à qui l’Académie suédoise vient d’attribuer le Prix Nobel de littérature. | STF / AFP

⎯ Lettre par Albert Camus à son instituteur

le 19 novembre 1957, à son premier instituteur Louis Germain, avec qui il a étudié à l’école communale de la rue Aumerat, à Alger. Des mots que l’écrivain français a couchés sur papier peu de temps après avoir reçu le Prix Nobel de Littérature, pour remercier son enseignant sans qui « rien de tout cela ne serait arrivé.

« J’ai laissé s’éteindre un peu le bruit qui m’a entouré tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cœur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n’ai ni recherché ni sollicité. Mais quand j’ai appris la nouvelle, ma première pensée, après ma mère, a été pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j’étais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivé. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d’honneur mais celui-là est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez été, et êtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cœur généreux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits écoliers qui, malgré l’âge, n’a pas cessé d’être votre reconnaissant élève. »


⎯ Je vis comme je peux dans un pays malheureux
Extrait d’un discours prononcé en janvier 1958

« Héritière d’une histoire corrompue, où se mêlent les révolutions déchues, les techniques devenues folles, les dieux morts et les idéologies exténuées, où de médiocres pouvoirs peuvent aujourd’hui tout détruire mais ne savent plus convaincre, où l’intelligence s’est abaissée jusqu’à se faire la servante de la haine et de l’oppression, cette génération a dû, en elle-même et autour d’elle, restaurer, à partir de ses seules négations, un peu de ce qui fait la dignité de vivre et de mourir.

Je vis comme je peux… dans un pays malheureux.
J’essaie, en tout cas, solitaire ou non, de faire mon métier. Et si je le trouve parfois dur, c’est qu’il s’exerce principalement dans l’assez affreuse société intellectuelle où nous vivons,où l’on se fait un point d’honneur de la déloyauté, où le réflexe a remplacé la réflexion, où l’on pense à coup de slogans et où la méchanceté essaie trop souvent de se faire passer pour l’intelligence.

Que faire d’autre alors, sinon se fier à son étoile et continuer avec entêtement la marche aveugle, hésitante, qui est celle de tout artiste et qui la justifie quand même, à la seule condition qu’il se fasse une idée juste, à la fois de la grandeur de son métier, et de son infirmité personnelle ? Cela revient souvent à mécontenter tout le monde.

Je ne suis pas de ces amants de la liberté qui veulent la parer de chaînes redoublées ni de ces serviteurs de la justice qui pensent qu’on ne sert bien la justice qu’en vouant plusieurs générations à l’injustice.

Je vis comme je peux, dans un pays malheureux, riche de son peuple et de sa jeunesse, provisoirement pauvre dans ses élites, lancé à la recherche d’un ordre et d’une renaissance à laquelle je crois.

Sans liberté vraie, et sans un certain honneur, je ne puis vivre. Voilà l’idée que je me fais de mon métier. »


Extraits de « La peste »
publié en 1947 et ayant reçu le prix des Critiques

 Ah ! Si c’était un tremblement de terre !
Une bonne secousse et on n’en parle plus…
On compte les morts, les vivants, et le tour est joué.
Mais cette cochonnerie de maladie !
Même ceux qui ne l’ont pas la portent dans leur coeur. »

« … ce monde sans amour était comme un monde mort et qu’il vient toujours une heure où on se lasse des prisons, du travail et du courage pour réclamer le visage d’un être et le cœur émerveillé de la tendresse. »

« Il est vrai que le mot de « peste » avait été prononcé, il est vrai qu’à la minute même le fléau secouait et jetait à terre une ou deux victimes.
Quand on fait la guerre, c’est à peine si l’on a vu un mort, cent millions de cadavres semés à travers l’histoire ne sont qu’une fumée dans l’imagination.

Quand une guerre éclate, les gens disent : « Ça ne durera pas, c’est trop bête. » Et sans doute une guerre est certainement trop bête, mais cela ne l’empêche pas de durer.

Le fléau n’est pas à la mesure de l’homme, on se dit donc que le fléau est irréel, c’est un mauvais rêve qui va passer.
Nos concitoyens n’étaient pas plus capables que d’autres, ils oubliaient d’être modestes, voilà tout était encore possible pour eux, ce qui supposait que les fléaux étaient impossibles. » 


Extraits des Carnets

« J’ai voulu vivre pendant des années selon la morale de tous. Je me suis forcé à vivre comme tout le monde, à ressembler à tout le monde. J’ai dit ce qu’il fallait pour réunir, même quand je me sentais séparé. Et au bout de tout cela ce fut la catastrophe. Maintenant j’erre parmi des débris, je suis sans loi, écartelé, seul et acceptant de l’être, résigné à ma singularité et à mes infirmités. Et je dois reconstruire une vérité, après avoir vécu toute ma vie dans une sorte de mensonge. »

« Quand le monde est dans la lumière,
quand le soleil tape,
j’ai envie d’aimer et d’embrasser,
de me couler dans des corps comme dans des lumières,
de prendre un bain de chair et de soleil.
Quand le monde est gris, je suis mélancolique et plein de tendresse.
Je me sens meilleur, capable d’aimer au point de me marier.
Dans un cas comme dans l’autre, ça n’a pas d’importance. »

« Instant d’adorable silence.
Les hommes se sont tus.
Mais le chant du monde s’élève et moi, enchaîné au fond de la caverne, je suis comblé avant d’avoir désiré.
L’éternité est là et moi je l’espérais.
Maintenant je puis parler. »

« Journée radieuse. Au loin, la mer et le ciel étincellent également confondus. Comme chaque matin, le jardin et l’odeur des jasmins, aujourd’hui les oiseaux exultent. »

« Immobile sur le pont supérieur et les mouettes descendent
et continuent leur vol patient tout près de moi.
Mouettes obstinées avec leur œil globuleux,
leur bec de sorcière, leurs muscles inépuisables »

« Dans le jour bref qui t’est donné,
réchauffe et illumine, sans dévier de ta course.
Des millions d’autres soleils viendront pour ton repos.
Sous la dalle de la joie, le premier sommeil.
Semé par le vent, moissonné par le vent, et cependant créateur,
tel est l’homme, à travers les siècles, et fier de vivre un seul instant »

« Oui, peu ont été plus naturels que moi. Mon accord avec la vie était total, j’ai adhéré à ce qu’elle était, de haut en bas, sans rejeter aucune de ses ironies, de ses ampleurs et de ses servitudes »

« Quand on a vu une seule fois le resplendissement du bonheur sur le visage d’un être qu’on aime, on sait qu’il ne peut pas y avoir d’autre vocation pour un homme que de susciter cette lumière sur les visages qui l’entourent. »

Albert Camus, Carnets
Carnet I
mai 1935 – février 1942

Il s’agit d’abord de se taire – de supprimer le public et de savoir se juger. D’équilibrer une attentive culture du corps avec une attentive conscience de vivre. D’abandonner toute prétention et de s’attacher à un double travail de libération – à l’égard de l’argent et à l’égard de ses propres vanités et de ses lâchetés. Vivre en règle. Deux ans ne sont pas de trop dans une vie pour réfléchir sur un seul point. Il faut liquider tous les états antérieurs et mettre toute sa force d’abord à ne rien désapprendre, ensuite à patiemment apprendre.
Dans ses Carnets, Albert Camus se confronte au monde autant qu’à lui-même. Curieux de tous et de tout, il raconte une anecdote, épingle une sensation, fixe pour y revenir idées et citations.
Ce premier volume rassemble les notes prises de 1935 à 1942, alors qu’Albert Camus rédige, entre autres livres, Noces, L’Étranger et Le Mythe de Sisyphe.

Carnet II
janvier 1942 – mars 1951

Poser la question du monde absurde, c’est demander : “Allons-nous accepter le désespoir, sans rien faire ?” Je suppose que personne d’honnête ne peut répondre oui.
Entre 1942 et 1951, Albert Camus rédige, entre autres, La Peste, Les Justes et L’Homme révolté. Si ce deuxième volume des Carnets témoigne de ces créations en devenir, il accueille aussi les instants essentiels d’une vie et l’histoire en train de se faire – l’épuration, la guerre froide…. S’y révèlent une conscience en action, un homme dans toute sa fragilité, épris de beauté.

Carnet III
mars 1951 – déc 1959

« Chaque matin quand je sors sur cette terrasse, encore un peu ivre de sommeil, le chant des oiseaux me surprend, vient me chercher au fond du sommeil, et vient toucher une place précise pour y libérer d’un coup une sorte de joie mystérieuse.
Depuis deux jours il fait beau et la belle lumière de décembre dessine devant moi les cyprès et les pins retroussés. »

Entre 1951 et 1959, Albert Camus écrit, L’Été, La Chute, L’Exil et le royaume. Il réagit aux polémiques déclenchées par L’Homme révolté, à la tragédie de la guerre d’Algérie, voyage en Italie et en Grèce, reçoit le prix Nobel…
Ses Carnets témoignent de son désir d’harmonie, auquel il tend ‘à travers les chemins les plus raides, les désordres, les luttes’. On trouvera à la fin de ce volume un index général des trois tomes.

Albert Camus
1913 – 1960
Son œuvre comprend des pièces de théâtre, des romans, des nouvelles, des films, des poèmes et des essais dans lesquels il développe un humanisme fondé sur la prise de conscience de l’absurde de la condition humaine mais aussi sur la révolte comme réponse à l’absurde, révolte qui conduit à l’action et donne un sens au monde et à l’existence, et « alors naît la joie étrange qui aide à vivre et mourir ».

Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1957 « pour l’ensemble d’une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant, les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes.»

Publications les plus importantes
  • L’Étranger en 1942
  • Le Mythe de Sisyphe en 1942
  • Caligua, pièce écrite en 1939, publiée en 1944 et jouée pour
  • La Peste en 1947
  • L’homme révolté en 1951
  • L’été en 1954
  • La Chute en 1956

  • Le premier homme
    Résumé
    Alger.
    Une charrette cahotée dans la nuit transporte une femme sur le point d’accoucher. Plus tard, naît le petit Jacques, celui-là même que l’on retrouve dès le second chapitre, à 40 ans.
    Devant la tombe de son père, visitée pour la première fois, il prend soudain conscience de l’existence de cet inconnu. Dans le bateau qui l’emporte vers sa mère à Alger, commence la brutale remontée dans cette enfance dont il n’a jamais guéri.
    Les souvenirs de l’école, de la rue et de la famille jaillissent, faits de soleil et d’ombre. Mais à l’ombre et à la misère, il découvre qu’il a répondu, toujours, par une « ardeur affamée », une « folie de vivre » indéfectibles malgré ce père qui lui a manqué.
    Le Premier homme est le roman auquel travaillait Camus au moment de mourir. Les nombreuses notes en bas de page, hésitations ou rajouts de l’écrivain retrouvés dans son manuscrit sont un émouvant témoignage de l’œuvre en cours.
    Une œuvre ambitieuse, aux accents autobiographiques évidents, dans laquelle Camus a cherché à dire ses « raisons de vivre, de vieillir et de mourir sans révolte ».- Laure Anciel
     
    L’Étranger
    Quand la sonnerie a encore retenti, que la porte du box s’est ouverte, c’est le silence de la salle qui est monté vers moi, le silence, et cette singulière sensation que j’ai eue lorsque j’ai constaté que le jeune journaliste avait détourné les yeux. Je n’ai pas regardé du côté de Marie. Je n’en ai pas eu le temps parce que le président m’a dit dans une forme bizarre que j’aurais la tête tranchée sur une place publique au nom du peuple français …
    L’étranger est le premier roman d’Albert Camus (1913-1960), prix Nobel de littérature,
    auteur de La peste et de Caligula.

     

    La mort heureuse
    La Mort heureuse est une œuvre de Camus.
    Celle-ci a été entamée en 1936, mais sans en avoir fini.
    Il l’a laissé de côté pour consacrer son temps à un autre roman, L’Étranger.
    Ce n’est qu’en 1971, onze ans après sa mort que l’ouvrage a été publié et édité. Le livre reflète beaucoup sa vie, en quelque sorte une autobiographie, son parcours de jeunesse, ses différents souvenirs mais surtout l’amour, le bonheur et la mort dans toute sa splendeur.
    Patrice Mersault, qu’il a désigné en troisième personne, joue le rôle principal de l’histoire. C’est son héros qui lui est identique par ses apparences. En fait, le roman est riche en souvenirs autobiographiques, comme les quartiers de Belcourt où Camus a passé sa jeunesse, ou encore la bataille de la Marne, qui a emporté son père, et la tuberculose qui marqua toute son existence.

    EXTRAITS de La Mort heureuse 1971

    « Crois-moi, il n’y a pas de grande douleur, pas de grands repentirs, de grands souvenirs.
    Tout s’oublie même les grandes amours.
    C’est ce qu’il y a de triste et d’exaltant à la fois dans la vie.
    Il y a seulement une certaine façon de voir les choses et elle surgit de temps en temps.
    C’est pour ça qu’il est bon quand même d’avoir eu un grand amour, une passion malheureuse dans sa vie.
    Ça fait du moins un alibi pour les désespoirs sans raison dont nous sommes accablés. »

    « Il lui fallait maintenant s’enfoncer dans la mer chaude,
    se perdre pour se retrouver,
    nager dans la lune et la tiédeur
    pour que se taise ce qui en lui restait du passé
    et que naisse le chant profond de son bonheur. »

    « Tout ce qui m’arriverait par surcroît,
    eh bien, c’est comme la pluie sur un caillou.
    Ça le rafraîchit et c’est déjà très beau.
    Un autre jour, il sera brûlant de soleil.
    Il m’a toujours semblé que c’est exactement ça, le bonheur. »

    « Mais à notre âge, on n’aime pas voyons.
    On se plaît, c’est tout.
    C’est plus tard, quand on est vieux et impuissant qu’on peut aimer.
    À notre âge, on croit qu’on aime.
    C’est tout, quoi. »

    « Ce qui le frappait dans l’amour
    c’était pour la première fois du moins, l’intimité effroyable
    que la femme acceptait
    et le fait de recevoir en son ventre le ventre d’un inconnu.
    Dans cette sorte de laisse-aller, d’abandon et de vertige,
    il reconnaissait le pouvoir exaltant et sordide de l’amour. »

    « Quand je regarde ma vie et sa couleur secrète,
    j’ai en moi comme un tremblement de larmes.
    Comme ce ciel.
    Il est à la fois pluie et soleil, midi et minuit. »

    « À chaque fois qu’il levait un bras,
    il lançait sur la mer immense des gouttes d’argent en volées, figurant, devant le ciel muet et vivant, les semailles splendides d’une moisson de bonheur. »

    Correspondance
    1944-1959
    Albert Camus et Maria Casarès se croisent chez Michel Leiris.
    L’ancienne élève du Conservatoire, originaire de La Corogne et fille d’un républicain espagnol en exil, n’a que vingt et un ans. Elle a débuté sa carrière en 1942 au Théâtre des Mathurins, au moment où Albert Camus publiait L’Étranger chez Gallimard. L’écrivain vit alors seul à Paris, la guerre l’ayant tenu éloigné de son épouse Francine, enseignante à Oran.
    Sensible au talent de l’actrice, Albert Camus lui confie le rôle de Martha pour la création du Malentendu en juin 1944.
    kEt durant la nuit du Débarquement, Albert Camus et Maria Casarès deviennent amants. Ce n’est encore que le prélude d’une grande histoire amoureuse, qui ne prendra son vrai départ qu’en 1948.
    Jusqu’à la mort accidentelle de l’écrivain en janvier 1960, Albert et Maria n’ont jamais cessé de s’écrire, notamment lors des longues semaines de séparation dues à leur engagement artistique et intellectuel, aux séjours au grand air ou aux obligations familiales.
    Sur fond de vie publique et d’activité créatrice (les livres et les conférences, pour l’écrivain ; la Comédie-Française, les tournées et le TNP pour l’actrice), leur correspondance croisée révèle quelle fut l’intensité de leur relation intime, s’éprouvant dans le manque et l’absence autant que dans le consentement mutuel, la brûlure du désir, la jouissance des jours partagés, les travaux en commun et la quête du véritable amour, de sa parfaite formulation et de son accomplissement.
    Nous savions que l’oeuvre d’Albert Camus était traversée par la pensée et l’expérience de l’amour.
    La publication de cette immense correspondance révèle une pierre angulaire à cette constante préoccupation.

    La dernière lettre qu’il écrit, intitulée, Dernière lettre ( – une prémonition ? ) est destinée à Maria.

    Datée du 30 décembre 1959, Albert Camus écrit à son amante qu’il doit voir à Paris la semaine suivante:

    « À bientôt, ma superbe.
    Je suis si content à l’idée de te revoir que je ris en t’écrivant (…).
    Je t’embrasse, je te serre contre moi jusqu’à mardi, où je recommencerai. »

     
    Cependant, Albert Camus n’arrivera jamais à Paris.
    Le 4 janvier 1960, Il meurt brutalement dans un accident de voiture à Villeblevin avec Michel Gallimard, le neveu de l’éditeur Gaston Gallimard.
     

    Extraits de Correspondance

    « Tout à l’heure, la nuit était pleine d’étoiles filantes. Comme tu m’as rendu superstitieux, je leur ai accroché quelques vœux qui ont disparu derrière elles. Qu’ils retombent en pluie sur ton beau visage, là-bas, si seulement tu lèves les yeux vers le ciel, cette nuit. Qu’ils te disent le feu, le froid, les flèches, l’amour, pour que tu restes toute droite, immobile, figée jusqu’à mon retour, endormie toute entière, sauf au cœur, et je te réveillerai une fois de plus… »

    « Un temps viendra où malgré toutes les douleurs nous serons légers, joyeux et véridiques. »

    « Tu es entrée, par hasard, dans une vie dont je n’étais pas fier, et de ce jour-là quelque chose a commencé de changer. J’ai mieux respiré, j’ai détesté moins de choses, j’ai admiré librement ce qui méritait de l’être. Avant toi, hors de toi, je n’adhérais à rien. Cette force, dont tu te moquais quelquefois, n’a jamais été qu’une force solitaire, une force de refus. Avec toi, j’ai accepté plus de choses. J’ai appris à vivre. C’est pour cela sans doute qu’il s’est toujours mêlé à mon amour une gratitude immense. »

    « Toi et moi nous nous sommes jusqu’ici rencontrés et aimés dans la fièvre, l’impatience ou le péril. Je n’en regrette rien et les jours que je viens de vivre me semblent suffisants pour justifier une vie. Mais il y a une autre manière de s’aimer, une plénitude plus secrète et plus harmonieuse, qui n’est pas moins belle et dont je sais aussi que nous sommes capables. C’est ici que nous en trouverons le temps. N’oublie pas cela, ma petite Maria et fais en sorte que nous ayons encore cette chance pour notre amour. »

    « Je me demande si tu travailles
    Je voudrais tant te savoir fécond
    Je voudrais tant te savoir apaisé
    Je voudrais tant te savoir heureux
    Je voudrais tant te savoir vivant
    Je voudrais tant te savoir amoureux
    Je voudrais tant te savoir à moi
    Je voudrais tant me serrer contre toi
    Je voudrais tant t’accueillir
    Je voudrais tant, tant, tant. »
    ⎯ Maria Casarès à Albert Camus

    « J’étouffe, la bouche ouverte,
    comme un poisson hors de l’eau.
    J’attends que vienne la vague,
    l’odeur de nuit et de sel de tes cheveux. »
    ⎯ Albert Camus à Maria Casarès

    « Ce qui lie Albert Camus et Maria Casarès, c’est l’exil, c’est le théâtre et l’Espagne.
    Ensemble, ils vont vivre une très grande histoire d’amour.
    À la fin de sa vie, Maria Casarès ne cessera de parler de Camus, comme s’il était près d’elle et qu’elle se nimbait de sa présence.
    Ils sont tous les deux de grands Don Juan.
    Ils vivent sur l’instant, pour des raisons liées à l’urgence de vivre. »

    ⎯ Florence Forsythe, metteur en scène, comédienne, productrice d’émissions pour France Culture.
    Elle a bien connu Maria Casarès avec qui elle avait une amitié profonde et complice.
    Elles ont collaboré ensemble autour d’un projet de film sur l’actrice.
    Elle est notamment l’auteure de Maria Casarès, une actrice de rupture ( 2013 ) et de Jacques Lacarrière, passeur pour notre temps ( 2015 ).