Elle a tourné sa langue
dans leurs bouches tant de foispour y trouver du goût de vivre et du sens
retenu leurs cris et leurs larmes dans sa gorge.Elle s’est écorchée à leurs ronces et à leurs défenses
a grelotté dans le froid de leurs failles.Elle s’est tenue là à l’affût de la moindre éclaircie
à repriser ces trous dans leur histoireà coudre sur leurs peaux des petits boutons de joie
et à boire du jus de chagrin en silence.
Pat « Psy »
est née en 1964 dans la Loire (France)
et a vécu la plus grande partie de son enfance en Touraine et sur le bassin d’Arcachon.
Soignante en psychiatrie durant plus de vingt ans à Aix-en-se Provence, et après un long chemin psychanalytique, elle se consacre à l’écriture. La question du rapport à soi et au monde est au centre de sa poésie.
Poèmes brefs
Miyako « belle enfant de la nuit », en japonais, porte en elle la tendresse des hommes et leurs plus belles fêlures.
L’auteure vient partager une émotion, un sentiment, un regard sensible et engagé sur l’humain, et son rapport sensuel à l’autre et à la terre… instants frêles de poésie, pour écrire avec humilité depuis l’intime vibrant des femmes… un murmure, un cri.
EXTRAIT
C’est par ses petits silences
comme des fissures dans sa peau
que Miyako laisse passer
la lumière et l’amour
partout où elle est
même dans le noir épais
des hommes
et les sillons sombres
de la terre

On se sait là perdu à tisser des lendemains de peine
à interroger l’aube des yeux les mains jointes
à vouloir du silence qu’il absorbe le bruit des bottes
et toutes les colères des hommes
on se sait là au bord du vide et des larmes
à résister à l’obscur et au vertige.
On cherche alors une trouée dans le ciel gris
et une aile large et bienfaisante pour nous porter à naître encore une fois.
Aux liaisons frileuses
et aux portes qui claquent
j’oppose l’enclos tendre de ma bouche
et de mes bras ouverts
tous les passages creusés dans les mots
vers le libre
aux peurs qui empêchent l’amour
et l’élan des langues vers le baiser
l’élan de la main vers la main
j’oppose le souffle du poème.
dans les mots
en écho avec
Jean Diharsce
Éditions Flament
Et c’est la vie qui se tend, entière et nue, toisant l’indicible, semant sa mémoire, ses émois, ses cicatrices, ses lanternes, ses herbes les plus tendres.
Bien au-delà des confidences, les cœurs s’abandonnent et s’étreignent tandis que s’ébrouent alentour l’âme des paysages, les crêtes de l’enfance, les doutes, les fêlures, l’agonie du monde, le présent qui palpite au creux des mains et l’avenir qui projette sa lumière sur le damier des jours. »
⎯ Sylvie Méheut
EXTRAIT
Oser ne plus bouger et se taire Demeurer immobile Rester là quand tout s’enfle et s’érafle Sentir tous les souffles en dedans Écrire encore Écrire toujours Par les sentiers du gris Franchir le soupirail des anges Se dresser encore, ouvrir grands les yeux * * * des mots qui chantent comme l’oiseau et la pluie m’enivrent comme les marées Je veux des mots qui s’accrochent à l’ abrupt des mots roses et ronces qui nous égratignent Je veux des mots de ton jardin Je te sais là parmi les herbes folles * * * Dialogue avec lui Dialogue avec l’ému Dialogue de sourd Dialogue avec lui Juste un poème qui bat. |
Autres poèmes
Oeuvre d’Antonio Mora |
Il sait Il sait Il sait Il sait Sait-il jusqu’où ils écriront leur amour des autres ? Le soleil ose nous regarder en face Toute la pluie et l’encre en gouttes un peu de lumière en rosée aussi et cette petite flaque de nous juste un peu de salive et pas encore de sève Toute l’eau du monde dans un regard se remplir des fleuves et de leurs sédiments toute l’eau du monde dans la bouche et la mer à nous prendre tous. « Refuges » | recueil en cours avec Jean Diharsce |

Elle voudrait la paix des eaux tranquilles
et des vastes plaines
le souffle bleu du froid à givrer les cils
et la clarté dans les regards
le pur des cimes où rêvent les grands oiseaux
et les baisers du ciel, un peu de lait sur les lèvres.
Elle voudrait l’envol de ses mots tendres
vers ceux qui en manquent
et le silence juste après la pluie
comme un écho.
Elle voudrait l’accord juste, la résonance belle
tout ce qui s’attire, s’allie et se scelle
tout ce qui va dans le même sens.
Elle voudrait les confidences douces
chuchotées, et les caresses à peine
quelque chose qui la délivre
et lentement l’élève vers le meilleur d’elle.
⏤ À toutes celles atteintes dans leur intégrité /
À celles éteintes sous les coups ⏤
aguicheuse et revêche
retroussée par les vents
comme une putain
elle souffle
sur la souffrance des femmes
comme on souffle
sur une blessure d’enfant
elle souffle
sur les jours de crise
les entailles dans la peau
les heures suspendues
au vague à l’âme bleu
des paroles tues
elle souffle
sur la honte
la solitude et les silences coupables
sur les hanches pétries
les gorges serrées
et les nuques brisées
sur l’intime blessé des filles
sur le libre tué
au creux des ventres
elle souffle une tempête
elle a perdu le calme
ressenti la nausée
et l’urgence d’écrire
les mots justes de l’émoi
les mots noirs et justes
de la révolte
le mal de mère
l’amer-d’être-femme
AU SOURD DU MONDE
aux sources du mâle.
« Là d’où elle vient » | Éditions Bleu d’Encre
le paysage de sa chair outragée
et toutes les heures rugueuses
l’absence du regard ébloui de sa mère.
Se tenir là sur cette passerelle
de mots tissés entre elle et lui
cette passerelle de corde et du tendre
à sentir les lanières du vent
et quelques baisers sur leurs peaux
à cueillir les dernières églantines
et les roses carminées du peintre.
Boire à la source du vital, du simple des jours
et serrer contre elle l’inconsolé.
⎯ « Rose » | Recueil à venir
être à l’autre bout de soi avec le souffle qu’il faut
relever la tête, se regarder dans les yeux
et dans les mots
avancer avec son poème dans la bouche
comme une herbe qu’on voudrait partager
sentir que tout nous appelle chez l’autre
la nature le vent la mer et même la nuit
sentir que tout nous fait vivant
tu sais toi ce premier cri qui revient à la mémoire
pour nous sauver encore.
Tu sais toi le courage
et moi tous les combats pour le trouver.
Je te sais.