Il est considéré comme l’un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde.
Il a été élu en janvier 2016 à l’unanimité par ses pairs comme membre de l’Académie Goncourt.
À paraître le 8 février prochain
Le récit commence il y a 10.000 ans, quand un cataclysme modifie le cours de l’Histoire avec l’épisode du déluge.
Les tomes suivants conduiront Noam jusqu’aux temps modernes.
Extraits |
« – Noam… |
d’un amour perdu
2019
et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine. »
Pendant deux ans, Eric-Emmanuel Schmitt tente d’apprivoiser l’inacceptable : la disparition de la femme qui l’a mis au monde.
Ces pages racontent son « devoir de bonheur » : une longue lutte, acharnée et difficile, contre le chagrin.
Demeurer inconsolable trahirait sa mère, tant cette femme lumineuse et tendre lui a donné le goût de la vie, la passion des arts, le sens de l’humour, le culte de la joie.
Ce texte explore le présent d’une détresse tout autant que le passé d’un bonheur, tandis que s’élabore la recomposition d’un homme mûr qui n’est plus « l’enfant de personne » .
Eric-Emmanuel Schmitt atteint ici, comme dans La nuit de feu, à l’universel à force de vérité personnelle et intime dans le deuil d’un amour.
Il parvient à transformer une expérience de la mort en une splendide leçon de vie.
Extraits |
UNE FEMME U
ne femme m’a porté, mis au monde, m’a permis de grandir, de mûrir, m’a transformé en homme heureux, puis, une fois assurée de mon autonomie, m’a accompagné à distance ; or je me rends compte qu’au fond de l’adulte présumé subsistait un petit garçon qui pensait sa mère tellement belle, guérisseuse, puissante, qu’elle triompherait aussi de la camarde. Ce petit garçon s’est éteint aujourd’hui. Quand un enfant vient au monde, De toi, je n’ai reçu que de la tendresse, de l’attention, de la considération, de l’enthousiasme. De toi, j’ai recueilli la passion d’exister, le désir d’admirer, l’ivresse d’entreprendre. De toi, je ne conserve aucun mauvais souvenir, seulement chaleur, lumière, joie. Pas moyen de déterrer un instant où ton sourire se serait fermé, où ton écoute aurait failli, Le vrai bonheur affiche sa maturité ; son visage comporte mille rides et cent cicatrices. Il n’y a d’heureux qu’un ancien malheureux. J’aime les théâtres, tous les théâtres, les moches, les mignons, les somptueux, les colossaux, les intimes, les baroques, les jansénistes, les coquets, les poussiéreux, les refaits, les à refaire, les ni faits ni à faire. |
⏤ Citations tirées de ses publications ⏤
LA PEAU
« Seule la peau sépare l’amour de l’amitié.
C’est mince … »
⎯ L’élixir d’amour
LA JOIE
« Conquérir sa joie vaut mieux que de s’abandonner à la tristesse. » notait Gide le 12 mai 1927 dans son Journal.« Qu’est-ce que la joie ?
Une façon pleine, satisfaite, reconnaissante d’habiter l’existence.
Le joyeux ne manque de rien. Pourtant il n’a pas tout – qui possède tout? En revanche, il se contente de ce qu’il a.
Mieux : il s’en délecte.
Le joyeux n’éprouve pas de frustration.
Alors qu’au déçu, au déprimé, au mélancolique, au fatigué, tout fait défaut.
Si la tristesse est conscience d’une absence, la joie est conscience d’une présence.
Quand la tristesse vise ce qui n’existe pas ou plus – chagrin d’avoir perdu quelqu’un, dégoût de se savoir faible, mortel, impuissant, limité -, la joie découle d’une plénitude.
Elle crie notre plaisir d’être vivants, là, éblouis par ce qui nous entoure.
Se réjouir et jouir, telle s’avère la joie.
Elle ne demande rien, elle ne déplore rien, elle ne se plaint de rien.
Elle célèbre. Elle remercie. La joie est gratitude.
Quelle légèreté nous apporte la joie en nous délestant de ce qui nous alourdit, ambitions, regrets, remords, obsessions, amertumes, illusions, prétentions !
Notre époque n’aime pas la joie. Elle aime l’étourdissement et le divertissement, ces pratiques qui nous arrachent à l’ennui ou l’affliction sans approcher la joie. Dans le joyeux, elle ne voit qu’un abruti, jamais un sage.
Or, il y a une sagesse de la joie.
Heureux de vivre, non seulement je consens mais j’aime:
je consens à ce qui existe et j’aime ce qui tombe sous mes sens.
J’épouse et j’adore l’univers. »
⎯ Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent
UN AMOUR ESSENTIEL
D’un amour essentiel, on ne se remet pas.
Si on s’en remet, c’est que, de toute façon, ça n’en valait pas la peine.[…]
Une fois, j’ai vu la foudre toucher un arbre.
Je me suis sentie très proche de lui.
Il y a un moment où l’on brûle, où l’on se brûle, c’est intense, merveilleux.
Après, il ne reste que des cendres.
⎯ La rêveuse d’Ostende
DES PENSÉES QUI PÈSENT
Livre-lui tes pensées.
Des pensées que tu ne dis pas,
ce sont des pensées qui pèsent,
qui s’incrustent,
qui t’alourdissent,
qui t’immobilisent,
qui prennent la place des idées neuves
et qui te pourrissent.
Tu vas devenir une décharge à vieilles pensées
qui puent si tu ne parles pas.
⎯ Oscar et la dame rose
SIMPLICITÉ
Sans doute faut-il beaucoup de maîtrise
et d’abandon pour oser la simplicité.
⎯ Ma vie avec Mozart
ÊTRE PHILOSOPHE
«- Julien: Être philosophe, est-ce que ça empêche de mourir ?
– Marie : Non, mais ça doit aider à vivre ! »
⎯ Hôtel des deux mondes
LA LITTÉRATURE
La littérature ne bégaie pas l’existence,
elle l’invente,
elle la provoque,
elle la dépasse
⎯ Variations Énigmatiques
AUJOURD’HUI
« Au lieu de s’inquiéter
de ce qui se passera demain,
les hommes feraient mieux de s’interroger
sur ce qu’ils font aujourd’hui. »
⎯ L’Évangile selon Pilate
CINQ SECONDES
« Cinq secondes, elle s’était sentie la femme fondamentale, la femme absolue, la femme universelle, celle que convoitent tous les mâles, de quelque génération qu’ils fussent. Ce sentiment l’avait remplie d’orgueil et elle avait inspiré l’air avec force. »
⎯ Les Perroquets de la place d’Arezzo
CELUI QUE NOUS DEVONS ÊTRE
Quand devenons-nous celui que nous devons être ?
Dans notre jeunesse ou plus tard ?
Adolescents, malgré les données d’intelligence et de tempérament, nous sommes en grande partie fabriqués par notre éducation, notre milieu, nos parents ; adultes, nous nous fabriquons par nos choix.
⎯ Concerto à la mémoire d’un ange
LE REGARD AMOUREUX
Le regard amoureux, ce n’est pas un regard conquérant – ça c’est le regard du séducteur ou de la séductrice -, c’est un regard où il y a une grande humilité…
Je pensais au regard aussi de pur amour que les chiens peuvent avoir sur nous… La demande d’amour, c’est quelque chose de très humble, ce n’est absolument pas la conquête.