L’Amour

Oeuvre : Marie-Lydie Joffre

 

Ils en ont dit

 

A

h ! l’amour n’est pas fait pour nous rendre heureux.
Je crois qu’il est fait pour nous révéler dans quelle mesure nous avons la force de souffrir et de supporter. »

⎯ Herman Hesse ( 1877-1962 )

L’

amour n’est pas tout fait. Il se fait.

Il n’est pas robe ou costume prêt à porter, mais pièce d’étoffe à tailler, à monter et à coudre.

Il n’est pas appartement livré clef en main, mais maison à concevoir, bâtir, entretenir, et souvent réparer.

Il n’est pas sommet vaincu dans le froid de la nuit ou la chaleur du soleil éclatant.

Il n’est pas un solide ancrage au port du bonheur, mais levée d’ancre et voyage en pleine mer, dans la brise ou la tempête.

Il n’est pas un « oui » triomphant, énorme point final qu’on écrit en musique, au milieu des sourires et des bravos, mais il est multitude de « oui » qui pointillent la vie parmi une multitude de « non » qu’on efface en marchant.

Ainsi, être fidèle, vois-tu,
ce n’est pas : ne pas s’égarer, ne pas se battre, ne pas marcher.

C’est toujours se relever et toujours marcher.

C’est vouloir poursuivre jusqu’au bout le projet ensemble préparé et librement décidé.

C’est faire confiance à l’autre au-delà des ombres de la nuit.

C’est se soutenir mutuellement au-delà des chutes et des blessures.

C’est avoir foi en l’amour tout-puissant, au delà de l’amour.

⎯ Michel Quoist

L’

amour est comme cette fleur de ciste que froissent tes doigts distraits tandis que tu m’écoutes.
Cette charmante rose du désert est la plus délicate qui existe.
Portée sur une tige solide, environnée de feuillages résistants, la plante se plaît aux ardeurs du soleil sur la roche brûlante.
Sous les feux du jour,
le bouton s’ouvre frais et riant, mais fragile.
Un souffle d’air le dérange,
le vol d’une mouche l’effeuille,
le plus léger contact le macule ;
et c’est en vain que tu as souvent essayé de placer ces fleurs dans ta chevelure.
À peine cueillies, elles perdent leur couleur et leur forme.
Telle est la foi dans l’amour.
Un souffle l’altère,
un doute la souille et la flétrit.
Le cœur de la femme est un autel d’une exquise pureté,
où ne doivent brûler que des parfums choisis. »

[ Les amours de l’âge d’or ] ⎯ George Sand ( 1804-1876 )

A

vec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide tout, parce qu‘on ne cherche jamais à savoir ce qu’il contient.

C’est le mot de passe qui permet d’ouvrir les cœurs, les sexes, les sacristies et les communautés humaines. Il couvre d’un voile prétendument désintéressé, voire transcendant, la recherche de la dominance et le prétendu instinct de propriété.
C’est un mot qui ment à longueur de journée et ce mensonge est accepté, la larme à l’œil, sans discussion, par tous les hommes.

Il fournit une tunique honorable à l’assassin, à la mère de famille, au prêtre, aux militaires, aux bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques.

Celui qui oserait le mettre à nu, le dépouiller jusqu’à son slip des préjugés qui le recouvrent, n’est pas considéré comme lucide mais comme cynique.

Il donne bonne conscience, sans gros efforts, ni gros risques, à tout l’inconscient biologique.

Il déculpabilise, car pour que les groupes sociaux survivent, c’est-à-dire maintiennent leurs structures hiérarchiques, les règles de la dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes humains soient ignorés.

Leur connaissance, leur mise à nu, conduirait à la révolte des dominés, à la contestation des structures hiérarchiques.

Le mot d’amour se trouve là pour motiver la soumission, pour transfigurer le principe du plaisir, l’assouvissement de la dominance.

[ Éloge de la fuite, 1985 ] ⎯ Henri LABORIT ( 1914 – 1995 )

M

ais la beauté de l’amour, c’est l’interpénétration de la vérité de l’autre en soi,
de celle de soi en l’autre,
c’est de trouver sa vérité à travers l’altérité.

Le sens de l’amour et le sens de la vie,
c’est le sens de la qualité suprême de la vie.
Amour eL’amour est un risque terrible car ce n’est pas seulement soi que l’on engage.
On engage la personne aimée,
on engage aussi ceux qui nous aiment sans qu’on les aime,
et ceux qui l’aiment sans qu’elle les aime.

L’amour est poésie. Un amour naissant inonde le monde de poésie, un amour qui dure irrigue de poésie la vie quotidienne, la fin d’un amour nous rejette dans la prose.

Edgar Morin ( 1921- )

L’

amour est le miracle d’être un jour entendu jusque dans nos silences, et d’entendre en retour avec la même délicatesse: la vie à l’état pur, aussi fine que l’air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse.

[ Ressusciter ] ⎯ Christian Bobin