Anaïs Barbeau-Lavalette

comédienne et réalisatrice québécoise

Anaïs Barbeau-Lavalette
Elle est la fille de la cinéaste Manon Barbeau et du directeur photo Philippe Lavalette.

Elle est détentrice d’un baccalauréat de l’Université de Montréal en Études Internationales et diplômé de l’Institut national de l’image et du son (INIS) en 2002.

Elle s’est fait connaître principalement par son film « Le Ring » sorti en salle en 2007, et par son rôle d’Isabelle dans l’émission jeunesse « Le club des cents watts » diffusée à Télé-Québec à la fin des années 1980.

Elle publie son premier roman, « Je voudrais qu’on m’efface », aux Éditions HMH Hurtubise à l’automne 2010.
Le livre raconte l’histoire d’enfants d’Hochelaga-Maisonneuve vivant dans le même immeuble à loyer modique.
Son livre se retrouve parmi les finalistes au Prix des libraires du Québec 2011, catégorie Roman québécois.

En 2015, elle publie un roman inspiré de la vie de sa grand-mère, « La femme qui fuit ».
Ce livre remporte le Grand prix du livre de Montréal 2015.

La femme qui fuit
« La femme qui fuit » est un récit biographique d’Anaïs Barbeau-Lavalette publié chez Marchand de feuilles en 2015.
L’auteur y raconte l’histoire de sa grand-mère, la peintre et poète Suzanne Meloche.

Anaïs Barbeau-Lavalette n’a pas connu la mère de sa mère. De sa vie, elle ne savait que très peu de choses. Cette femme s’appelait Suzanne.
En 1948, elle est aux côtés de Borduas, Gauvreau et Riopelle quand ils signent le Le Refus Global.
Avec Barbeau, elle fonde une famille. Mais très tôt, elle abandonne ses deux enfants. Pour toujours.
Afin de remonter le cours de la vie de cette femme à la fois révoltée et révoltante, l’auteur a engagé une détective privée. Les petites et grandes découvertes n’allaient pas tarder.

Extrait: la première page

« Comment as-tu pu te passer [ de ma mère ] ?

La première fois que tu m’as vue, j’avais une heure.
Toi, un âge qui te donnait du courage.

Cinquante ans, peut-être.

C’était à l’hôpital Sainte-Justine. Ma mère venait de me mettre au monde. Je sais que j’étais déjà gourmande. Que je buvais son lait comme je fais l’amour aujourd’hui. Comme si c’était la dernière fois.

Ma mère venait d’accoucher de moi. Sa fille, son premier enfant.

Je t’imagine qui entres. Le visage rond, comme le nôtre, tes yeux d’Indienne baignés de khôl.

Tu entres sans t’excuser d’être là. Le pas sûr. Même si ça fait 27 ans que tu n’as pas vu ma mère.

Même s’il y a 27 ans, tu t’es sauvée. La laissant là, en équilibre sur ses trois ans, le souvenir de tes jupes accroché au bout de ses doigts.

Tu t’avances d’un pas posé. Ma mère a les joues rouges. Elle est la plus belle du monde.

Comment as-tu pu t’en passer ?

Comment as-tu fait pour ne pas mourir à l’idée de rater ses comptines, ses menteries de petite fille, ses dents qui branlent, ses fautes d’orthographe, ses lacets attachés toute seule, puis ses vertiges amoureux, ses ongles vernis, puis rongés, ses premiers rhums and coke ?

Où est-ce que tu t’es cachée pour ne pas y penser ?

Là, il y a elle, il y a toi, et entre vous deux : moi. Tu ne peux plus lui faire mal parce que je suis là.

Est-ce que c’est elle qui me tend à toi, ou toi qui étires tes bras vides vers moi ?

Je me retrouve près de ton visage. Je bouche le trou béant de tes bras. Je plonge mon regard de naissante dans le tien.

Qui es-tu ? Tu t’en vas. Encore.

 

 

Échos des lecteurs

« Ce livre m’a bouleversée comme mère et comme journaliste. J’ai été séduite par la vérité avec laquelle Anaïs Barneau-Lavalette a écrit cette histoire, qui est celle du Québec, du Refus global et de la grande noirceur, mais aussi le récit d’une filiation construite autour d’un grand trou noir : l’absence de sa grand-mère pour sa mère. Comment une femme a pu quitter ses enfants? Cela montre que l’amour maternel n’est pas absolu, même si c’est encore tabou de le dire. On y découvre aussi des indices de maladie mentale ou de grande instabilité chez cette grand-mère. J’ai été séduite par le style direct de l’auteure : ses phrases courtes, son rythme, et été émue jusqu’aux larmes.

Ce livre est un miroir de l’histoire du Québec, de celle de notre féminité et de la maternité. À travers ce geste de réhabilitation de sa grand-mère, Anaïs Barbeau-Lavalette révèle l’affranchissement douloureux des signataires de Refus global qui, à l’époque, étaient des marginaux mais qui ont marqué le Québec. »

⎯ Anne-Marie Dusseault | journaliste, Radio-Canada.

« Voici un livre fascinant, déchirant, émouvant, beau et cruel qui raconte d’une manière directe, sans fard, à la deuxième personne, à la fois brutale et intime, le destin d’une femme hors norme, explosive, tourmentée …..qui abandonna ses enfants…..pour suivre radicalement sa voie !

Artiste passionnée , à la recherche d’elle même, sensuelle, tactile….fugitive, Suzanne assoiffée de liberté :poète , peintre, amoureuse, militante, Errante, part toujours, ne veut pas prendre racine, n’aime pas ce qui est » fixe, »cherche à aller toujours plus loin, ressent un furieux et sauvage besoin de libération, ne laisse pas de traces.

L’écriture forte, directe, envoûtante, , faite de chapitres courts mais intenses vous happe et vous transporte dans le Québec des années 40 où les artistes muselés respiraient peu au sein du mouvement des Artisans du Refus Global !

C’est aussi l’histoire d’une femme Anais -Barbeau- Lavalette qui parle à sa grand- mère qu’elle n’a pas connue comme si elle voulait effacer la douleur de sa propre mère , blessée à jamais ….
Une oeuvre originale, puissante, remarquable qui revisite avec talent , finesse, subtilité, douleur, les liens familiaux, la création, la liberté, la maternité, l’abandon, la tristesse , le déchirement …..

Un coup de coeur pour un ouvrage qui raconte notre histoire à « nous les femmes » et que chacune pourrait ou devrait lire entre fiction et réalité historique ! »

⎯ Anonyme