Suzanne Meloche

Suzanne Meloche
( 1926-2009 )
Photo: John Max, vers 1960
Poète et peintre, Suzanne Meloche naît à Ottawa le 10 avril 1926.
Établie à Montréal en 1945, elle étudie au Collège Marguerite-Bourgeois. Elle rencontre au Lac-Saint-Jean le capucin Hilaire de la Pérade, qui l’initie aux arts et à la culture puis, à Montréal, son futur mari, le peintre Marcel Barbeau ( cosignataire de Refus global ), qui lui présente le groupe des automatistes.
À l’occasion d’un débat intercollégial, elle rencontre Claude Gauvreau, avec qui elle correspond quelque temps. Elle compte aussi parmi ses amis Fernande Saint-Martin, le peintre Guido Molinari, les dominicains Marie-Alain Couturier et Edmond Robillard, qui l’influencent dans ses orientations picturale et poétique.
Elle est correctrice d’épreuves chez l’éditeur Serge Brousseau (1947-1949), puis elle retourne travailler à Ottawa.
En 1956, elle travaille à l’ambassade du Canada à Londres, voyage, se rend à New York où elle pratique l’action painting, s’installe à Ann Arbour et milite pour les droits civiques des Noirs. Elle rentre définitivement au Canada dans les années 1970.
Suzanne Meloche est mieux connue comme peintre, mais elle a publié des poèmes dans L’Autorité et Situations. Le manuscrit de Les aurores fulminantes, poème saturnien, aux couleurs réalistes, a été retrouvé dans les archives de Paul-Émile Borduas.
Elle décède à Ottawa le 23 décembre 2009.

Les aurores fulminantes

Dans ce recueil, écrit en 1949, c’est-à-dire au lendemain du Refus global et du Vierge incendié, on retrouve la poésie surréaliste et automatiste de l’après-guerre.

Trente ans après, ces poèmes n’ont pas perdu leur pouvoir de fascination; leurs images et leurs rythmes demeurent aussi fulgurants.

Un livre important pour comprendre le vent de révolte et de liberté qui soufflait au Québec après la Deuxième Guerre mondiale.






EXTRAIT
Ô lac redouté des tendresses souveraines
comme des yeux de velours.

Matin trop près du cœur.

Aile naissante au lancement magnifique.

J’attends les auréoles
récompenses des évasions solitaires.

L’aurore incandescente, merle debout
à la note éparpillée,
comme un ruisseau dégoulinant
en colonnades blanches.

Si près des heures heureuses.

Émoi, sensible étreinte de mes paumes
entre les éléments fournis de mes rêves.

Je pige enfin à l’eau sablonneuse
comme une cuillère de soleil.